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À l'aise en dehors des sentiers battus ...

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À l'aise en dehors des sentiers battus ...


Wanda Kaluzny

Je vous avoue que je n'ai jamais été bien à l'aise à l'intérieur des sentiers battus. Suivre le courant principal n'a jamais eu d'attrait pour moi. Pour cette raison, lorsque j'avais songé à fondé un nouvel orchestre à Montréal au début des années 70, j'ai mis un tas de choses en question.

Lorsque j'étudiais les orchestres établis en Amérique du Nord à cette époque, je réalisais que leur renommée reposait en grande partie sur leur capacité d'engager des solistes célèbres. Pourquoi ? Afin d'assurer leur crédibilité et de mousser les ventes de billets. Toutefois, afin d'engager ces célébrités, les orchestres devaient imposer des prix de taille pour les billets. Malheuresement, ces prix imposants ne sont pas à la portée de tous les passionnés de la musique classique. Et voilà, le cercle vicieux....

J'ai donc décidé, à prime abord, que mon orchestre - l'Orchestre de Chambre de Montréal - serait différent. Nous allions réussir en vertu de la qualité et du contenu de nos présentations, plutôt que de suivre dans le sillage de la notoriété d'un soliste. De plus, nous allions voir à ce que n'importe qui puisse assister à un concert sans égard à sa situation financière. En dernier lieu, et non le moindre, nous allions adopter comme mission la recherche des solistes superstars de demain et les présenter à notre public avant tout autre. Notre mission serait d'être un orchestre de découverte autant en matière d'interprètes qu'en matière de répertoire.

Sautons trente-quatre ans plus tard et faisons la comparaison. L'Orchestre de Chambre de Montréal se porte bien. Bien que nous vivons un certain déficit en ce moment, nous avons l'intention de faire tourner les choses d'ici peu et notre situation n'a rien de comparable aux déficits massifs accumulés par nos collègues dans le domaine. Certes, nous avions un problème il y a deux ans lorsque la Salle Pollack était toujours pleine à craquer lors de nos concerts (un beau problème, n'est-ce pas !), ce qui nous a amené sous le nouveau toît de la Salle Claude-Champagne (ma salle de prédilection pour son acoustique sublime). Par ailleurs, l'OCM jouit d'un phénomène enviable et positif, soit la diversité d'âge et d'appartenance ethnique qui forme l'ensemble de notre public.

Notre cheminement par rapport à du nouveau talent est phénoménal : je dirais que notre néophyte le plus célèbre serait Ben Heppner qui a chanté avec nous en 1980, bien avant que quelqu'un sache qui était Ben Heppner. La liste de solistes qui ont fait leur début montréalais et même canadien avec l'OCM est longue et illustre : les contraintes d'espace ne me permettent d'évoquer que certains d'entre eux (et mes excuses auprès de ceux qui y échappent !) : le trompettiste Jens Lindemann est monté sur scène avec nous en 1990 puis fait la tournée avec nous en Californie en 1992; Sara Davis Buechner a fait son début canadien avec nous en 2003; la violoniste Janine Jansen (qui a paru dans la revue Vogue en octobre 2007) a fait son début canadien avec nous en 2004; et la liste continue. Je ressens un profond plaisir à chaque fois que je lis à propos de ces solistes qui se présentent à travers le monde et je suis fière que vous avez été les premiers à les entendre ici !

Dans un même temps, la majorité d'orchestres en Amérique du Nord sont aux prises de déficits de plus en plus lourds, d'une assistance à la baisse, et du vieillissement des auditoires. La plupart des orchestres importants rapportent moins et dépensent plus afin de faire marcher leur saison. Et la plupart des orchestres ont recours à des trucs pour faire tourner : des soupers avant-concert, des cocktails, des séances de rencontres express ... bref, N'IMPORTE QUOI qui pourrait faire franchir les portes. Rares sont ceux qui abordent les vraies questions - je vois Marin Alsop à Baltimore qui a décidé de baisser les prix d'entrée afin de rendre les concerts abordables à un plus grand nombre de monde. J'ai été agréablement encouragée par un article récent dans le NY Times (le 7 octobre 2007) qui parlait du succès que la nouvelle tendance à baisser les prix d'entrée sur le Broadway avait connu à mieux remplir les salles.

Vous me demandez s'il est facile de réaliser une série de concerts en entrée libre : la plupart des gens réagissent en demandant comment pouvons-nous ouvrir les portes sans frais ? Ils ne réalisent pas les coûts cachés associés à la perception de frais d'entrée : Il faut du personnel pour prendre les commandes de billets et faire la remise des taxes associées à la vente de billets; les frais de publicité et de marketing qui s'ajoutent afin de vendre les billets ... et j'en passe. J'ai personnellement espoir que les orchestres s'arrêteront, feront le bilan de la situation et modifieront leur structure de prix en conséquence ...

À part les aspects pratiques, je suis parfois étonnée par la discrimination envers nos concerts en entrée libre : la critique est quasi absente, le gouvernement ne veut venir en aide parce que nous ne vendons pas nos billets, il existe une certaine attitude voulant que « si ça ne coûte rien, ça ne vaut rien » (une pensée qui se dissipe rapidement lorsqu'on assiste à l'un de nos concerts !), d'autres groupes se sentent intimidés par nous sans raison plutôt que de réaliser qu'en principe, ce sont nous qui assumons le rôle important de développer des auditoires pour eux.

Donc, si je regarde en arrière, ais-je pris la bonne décision ? Décidément ! Alors, si vous lisez cet article blotti dans votre fauteuil en salle de concert, je suis convaincue que vous serez bien d'accord !

Wanda Kaluzny

Dernière modification: le 14 octobre 2007.


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